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Astrigilda Silveira : humaniser l’université pour transformer Cabo Verde

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Dans le cadre de « Mars – Mois du leadership féminin & de la francophonie », la rédaction met en lumière chaque semaine un parcours inspirant. Elles dirigent, innovent et transmettent. Aujourd’hui, rencontre avec Pr Astrigilda Silveira, où l’excellence se conjugue avec justice et égalité.

Professeure de mathématiques devenue rectrice de l’Université de Cabo Verde, Astrigilda Silveira incarne une vision où l’excellence académique ne va pas sans justice sociale. Rencontre avec une femme de science qui place l’équité au cœur du savoir.

Elle a passé vingt-six ans à observer l’Université de Cabo Verde (Uni-CV) grandir, se structurer, mais aussi buter sur ses propres fragilités. Astrigilda Pires Rocha Silveira est  spécialiste en technologies éducatives, elle connaît l’institution dans ses moindres recoins, des salles de classe aux fonctions stratégiques de vice-rectrice. Alors quand elle décide de se porter candidate pour être Rectrice, ce n’est pas par ambition. C’est par une forme d’urgence éthique. « La décision de me porter candidate m’a profondément marquée, non seulement par sa dimension personnelle, mais par sa signification institutionnelle », confie-t-elle. Un engagement qu’elle résume en trois mots : engagement, équité, transformation.

Un parcours transatlantique au service du savoir

Née dans un archipel qui respire les échanges entre continents, Astrigilda Silveira a naturellement construit un parcours académique transnational. Formée aux mathématiques à la PUCRS au Brésil, elle a ensuite traversé l’Atlantique pour décrocher un master et un doctorat en Éducation et Multimédia à l’université d’Aveiro, au Portugal. Un post-doctorat en Éducation Mathématique à l’inED/Politécnico do Porto est venu, en 2023, parfaire ce long parcours intellectuel. Mais c’est à l’Uni-CV, où elle enseigne depuis 2000, que son cœur et son œuvre se sont ancrés.

Depuis 2017, elle dirige l’Institut GeoGebra, un projet qui lui tient particulièrement à cœur, et qui a permis de certifier des formateurs non seulement à Cabo Verde, mais aussi au Mozambique et en Angola. Une manière de prouver que la technologie éducative peut être un puissant levier d’émancipation. Pour elle, la science ne vaut que si elle est partagée et qu’elle s’ancre dans les réalités locales. « La science est le chemin – mais ce n’est un chemin que lorsqu’il est parcouru avec humanité, avec justice et avec tous », aime-t-elle à répéter.

Gouverner avec humanité

Son style de gouvernance, elle le définit par trois verbes : humaniser, collaborer, transformer. Une trilogie qui n’a rien d’un slogan. Dans sa bouche, « humaniser » signifie placer les personnes au cœur des politiques, avec « une éthique du soin ». « Concilier exigence institutionnelle et dimension humaine exige de reconnaître qu’il n’y a pas d’excellence académique sans personnes soignées », insiste-t-elle.

Sa priorité stratégique est claire : restaurer la confiance dans une institution confrontée à de nombreux défis structurels. Comment ? Par une gouvernance « démocratique, légale et transparente ». Concrètement, cela passe par la régularisation des carrières, une écoute active des étudiants et la mise en place d’un système de reddition de comptes public. Une vision radicalement transparente pour une université qu’elle veut « autonome et vivante ».

3 Questions posées à ……

Pr Astrigilda Silveira

Une citation qui vous accompagne tout au long de votre parcours ?

La science est le chemin – mais ce n’est un chemin que lorsqu’il est parcouru avec humanité, avec justice et avec tous.
Cette phrase synthétise ma conviction que la connaissance ne se réalise pleinement que lorsqu’elle s’engage envers les besoins et les savoirs des communautés.

Quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes filles ou étudiantes qui vous lisent ?

Aux jeunes filles et étudiantes qui me lisent, je dis : croyez en votre potentiel, exigez une formation de qualité et n’ayez pas peur d’occuper des espaces de leadership. La science, la technologie et la gouvernance ont besoin de votre intelligence, de votre créativité et de votre perspective unique.
Vous rencontrerez des obstacles, mais rappelez-vous : chaque pas que vous faites ouvre la voie pour celles qui suivent. Soyez curieuses, soyez résilientes, soyez solidaires. Et n’oubliez jamais que votre voix compte – en classe, au laboratoire, dans la communauté et dans la société.

Si vous deviez résumer votre vision en trois mots, c’est…

Engagement. Équité. Transformation.

La francophonie comme levier de l’autonomisation

Bien que son parcours soit principalement lié au monde lusophone, Astrigilda Silveira voit dans l’espace francophone un formidable outil stratégique, notamment pour la jeunesse et les femmes. Elle y perçoit « un réseau de solidarité intellectuelle, de mobilité académique et d’accès à un financement compétitif ». Pour elle, la Francophonie peut et doit être un espace d’autonomisation, en favorisant le leadership féminin et l’égalité des genres dans les filières scientifiques.
Elle propose des pistes concrètes : créer des programmes de mentorat pour les femmes académiques, garantir leur parité dans les instances décisionnelles, ou encore financer leurs recherches. « La francophonie est, avant tout, un espace de réciprocité et d’innovation partagée », affirme-t-elle, forte de ses expériences de coopération avec d’autres pays africains, où la langue française a parfois servi de pont.

Un leadership au féminin

Être femme à la tête d’une université, qu’est-ce que ça change ? Pour elle, la réponse est limpide. Cela change « concrètement, la manière d’exercer l’écoute, la médiation et la construction de consensus ». Cela apporte une sensibilité aux questions de conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle et une attention accrue aux voix sous-représentées.
Mais le chemin est encore long, semé d’embûches. Astrigilda a rencontré des résistances liées au genre, des stéréotypes et des « attentes différenciées ». Sa réponse a toujours été la même : la compétence technique, la transparence et les résultats. « Je crois que la meilleure façon de surmonter les barrières de genre est de construire une légitimité par le travail, la cohérence et l’engagement pour le bien commun », souligne-t-elle, sans jamais nier la nécessité de politiques volontaristes pour l’égalité des chances.

L’empreinte d’une vie

Si elle regarde derrière elle, Astrigilda Silveira est fière. Fière d’avoir formé des centaines de professeurs de mathématiques à travers l’Afrique, de voir les classes se transformer grâce aux outils numériques. Fière aussi de cette loyauté de vingt-six ans envers l’Uni-CV, une fidélité rare qui donne du poids à son projet pour l’avenir.
L’impact qu’elle veut laisser est à la hauteur de cet engagement: « Une Uni-CV renouvelée : autonome et transparente, avec des carrières justes, des étudiants soutenus, une recherche ancrée territorialement et une extension à impact social visible. » Plus qu’une série de réformes, c’est une culture de gouvernance participative qu’elle souhaite instaurer.
Aux jeunes filles et étudiantes qui doutent encore, elle adresse un message plein de cette humanité qui la caractérise : « Croyez en votre potentiel, exigez une formation de qualité et n’ayez pas peur d’occuper des espaces de leadership. La science, la technologie et la gouvernance ont besoin de votre intelligence, de votre créativité et de votre perspective unique. »

Son parcours est celui d’une bâtisseuse discrète mais obstinée. Celle qui aurait pu se contenter d’une carrière honorable dans l’ombre des amphithéâtres a choisi, à l’heure de la maturité, de se jeter dans la lumière exigeante de la gestion publique. Non pas pour le pouvoir, mais pour servir. « Être leader aujourd’hui, c’est servir avec humilité, décider avec des preuves, écouter avec empathie et transformer avec un objectif collectif », résume-t-elle. Astrigilda Silveira ne se présente pas seulement pour diriger une université ; elle se présente pour incarner une idée : celle d’une institution qui, enfin, se met au service de tous.

Être leader aujourd’hui, c’est servir avec humilité, décider avec des preuves, écouter avec empathie et transformer avec un objectif collectif.

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